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    ENCORE UN NOTAIRE

     

    Enfin nantie du lieu de naissance D'Élisabeth Quèbre et de celui de son mariage avec Jean Antoine Vaissié, j'avais le déplaisir de la voir disparaître, ainsi que son plus jeune fils, Jean Martin, de l'état civil de Caylus: ni décès de l'une ni mariage de l'autre  ni même publication de ce mariage.

    C'est encore un registre de notaire qui fournit l'amorce de la solution. Jean Louis Vaissié, le fils resté à Rigal Boissière, encaisse en 1858 au nom de son cadet une somme que devait à celui-ci un habitant de Loze. Et, bien entendu, le notaire note scrupuleusement que Jean Martin habite Decazeville, où il exerce le métier de bourrelier. Et quelques pages plus loin, ne découvre-t-on pas une reconnaissance de dette d'Élisabeth Quèbre envers son fils?

    Il ne reste qu'à interroger l'état civil de Decazeville. Élisabeth est effectivement décédée dans cette ville en 1863, peu de temps après le mariage de son fils avec Sophie Rudelle. Jean Martin (qui n'est plus désigné que par son premier prénom)  disparaît, quant à lui, en 1888, à cinquante-trois ans, laissant trois fils, dont deux, d'après les mentions marginales, se marient, l'un à Decazeville, l'autre à Larnagol dans le Lot.

    Il apparaît donc qu'Élisabeth Quèbre, comme on pouvait le soupçonner, avait quitté Rigal, pour s'installer avec son fils cadet dans la ville où celui-ci avait sans doute été placé en apprentissage, avant de travailler à son compte.

     

                               Jean (Martin) Vaissié

    Sophie Rudelle

    Marie Armantine (1865 - 1866)

    Jean Alcide (né en 1867)

    Marie Armantine (née en 1869)

    Ernest Paul (1871 - 1888)

    Ernest (né en 1873)

    Alfred Jean (né en 1875)

     

     


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     SOLUTION D'UNE AUTRE

     

    Certes, les Vaissié de Rigal ne sont que de lointains cousins puisqu'ils descendent du remariage de Pierre Vayssié avec Florette Tournamire. Mais c'est le Jean né de ce second mariage en 1665 qui hérite des terres de Rigal Boissière, puisque Jacques, notre ancêtre, reprend, lui, les terres de son beau-père, Pierre Peyronnenc, à La Salle.

    Cependant, je n'ai pu m'empêcher d'essayer de voir ce qu'ils devenaient et comment ils avaient abandonné Rigal avant même que le hameau ne soit englobé dans le camp  militaire de Caylus.

    Ce Jean né en 1665 transmet Rigal à son fils aîné Pierre, cependant que le second, un autre Pierre, se marie à Espinas avec une jeune veuve, et que le troisième, Jean, s'installe aux Espagots.

    À Pierre succède son fils Jean, qui, par le décès de son frère à l'âge de vingt ans, se retrouve seul héritier.

    C'est à la génération suivante, celle qui traverse la Révolution, que commence l'appauvrissement de Rigal; en effet, celle-ci impose un partage égalitaire des héritages, et Jean laisse trois fils et une fille.

    L'aîné, Jean Louis, prend sa suite en 1790, mais meurt prématurément en 1795. Sa veuve doit alors faire face aux réclamations de ses beaux-frères: François, marié au hameau de Quercy, Jean Antoine établi, par son  mariage, à Parisot, et le mari de sa belle-sœur; elle a beau être fille d'un bourgeois de Vidaillac et pourvue d'une dot confortable, il lui faut céder quelques terres. De plus, il ne lui reste qu'un fils, un autre Jean Antoine, menacé par la conscription, à qui elle paie - cher - un remplaçant. Enfin sa fille, mariée à un Aveyronnais, ne veut pas rester dans l'indivision avec son frère: d'où nouvelle amputation des terres de Rigal, d'autant plus que le gendre confie l'exploitation  de sa part à un fermier venu de l'extérieur plutôt qu'à son beau-frère.

    Ce n'est évidemment pas là qu'était l'énigme: les notaires de Caylus ont enregistré tous ces événements.

    Ce qui était obscur, c'était l'origine de la femme de Jean Antoine, Élisabeth Quèbre. On la voit apparaître pour la première fois à Caylus en 1816, dans l'acte de naissance de leur premier enfant. Les publications de mariage pour la décennie n'existent pas ou ont été perdues, aucun autre acte d'état civil ne fournit de piste, et elle n'est pas morte à Caylus ,  où le nom de Quèbre est étranger.

    Et pourtant j'avais presque la solution, dans les notes prises au tout début de mes recherches - ce qui prouve l'utilité des relectures! Ayant dépouillé en partie le répertoire général d'un notaire de Puylaroque, j'y avais relevé la mention d'un contrat de mariage entre un Vaissié, dont je n'avais pu déchiffrer le prénom, et une Élisabeth Quèbre. Après quoi j'avais oublié, le nom de la fiancée ne se rattachant à rien de ce que je savais alors. Mais en relisant mes vieilles notes...

    Je n'ai même pas eu besoin de consulter le contrat: le nom du notaire, dont j'ai plusieurs fois feuilleté des registres,  permettait de savoir de quels villages venaient en majorité de ses clients. Pas de Quèbre à Puylaroque même, ni à Belmont, mais pour Labastide-de-Penne existe par chance la table décennale des mariages de la période qui m'intéressait. J'ai donc trouvé l'acte de mariage de Jean Antoine et d'Élisabeth, en août 1815, et appris qu'elle était née à Cahors mais vivait dans la paroisse de Saint-Martin de Cayssac, dont son oncle, l'un des témoins du mariage, était curé.

    Cet oncle devait d'ailleurs lui léguer une bonne partie de son mobilier, comme on l'apprend par l'inventaire des biens de Jean Antoine après sa mort en 1849.

    Et pour en revenir à la désagrégation de Rigal, c'est avec les enfants de Jean Antoine qu'elle se confirme: l'un se fait boulanger et se marie à Caussade, je ne sais ce que devient le plus jeune, mais le second, qui demeure un temps à Rigal, l'abandonne à son tour vers 1866, et meurt à Penne-sur-Tarn en 1902.

     

     

     


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     SOLUTION D'UNE ÉNIGME

     

    Le site Geneanet est parfois d'une utilité imprévue. Cherchant quand les Vayssié descendant de Jacques avaient quitté le hameau de Poussou (paroisse de La Salle, commune de Caylus), j'avais trouvé dans les publications de mariage celle d'une union entre un Pierre Vaissié, arrière-petit-fils de Raymond - celui-ci frère aîné de notre Bertrand - et une Marie Anne Clermont:

    SOLUTION D'UNE ÉNIGME

    Quant à identifier la commune du Cantal où sont domiciliés les fiancés, c'était une autre affaire quand je lisais quelque chose comme commune du papou ou du pazou ou du pazon... Peut-être un habitant ou un fin connaisseur du Cantal aurait-il reconnu sous cette graphie évidemment approximative le village d'Arpajon-sur- Cère, mais pour ma part j'en étais bien incapable. L'élucidation du mystère m'est venue quand j'ai demandé à Geneanet de me dénicher une Marie Anne Clermont habitant le Cantal.

    Ainsi ne reste-t-il plus qu'à chercher si ce Pierre Vaissié établi près d'Aurillac en tant qu'entrepreneur des routes ne nous aurait pas là-bas disséminé quelques (lointains) cousins de plus...

     

    Raymond Vayssié

    Jeanne Vidaillac

     ⇓

     Pierre Vaissié

    Antoinette Yrondel

     

    Jean Vaissié

    Anne Cayla

     Pierre Vaissié

    Marie Anne Clermont

     

     


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     SURNOM

     

    J'ai d'abord paresseusement accepté, pour l'avoir trouvé sur le site Geneanet, le surnom de Boutinian comme ayant été celui du Pierre Vayssié décédé en 1614 et de son petit-fils qui a vécu jusqu'en 1687. En réalité ce surnom était Botiman, qu'à Caylus on prononçait Boutimon et qu'on rencontre parfois sous cette forme. En témoigne le cadastre de 1656:

     

    DEUX RECTIFICATIFS

     

      

     

     

     MAIRES

     

    De même j'avais admis sans examen la liste des premiers maires de Mouillac telle que la propose un site Internet, alors qu'en fait elle doit être en partie erronée pour la période révolutionnaire: en effet, elle semble assimiler l'officier municipal qui rédige l'état civil au maire, ce qui n'était pas nécessairement le cas.

    Il est avéré que le maire en décembre 1793 était Pierre Besse Dalot: il signe à ce titre l'inventaire de l'argenterie de l'église. Son beau-frère Jean Courounet est alors secrétaire greffier. Mais en 1791, Pierre Besse était procureur de la commune, ainsi que l'atteste son acte de mariage. Qui était maire cette année-là? Peut-être les registres d'état civil conservés à Mouillac me permettront-ils de trancher... 

     


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     DÉCOUVERTES

     

    Outre le contrat de mariage de Marie-Jeanne sont apparus presque coup sur coup celui de ses parents - longtemps cherché en vain - et les testaments de sa mère et de sa grand-mère.

    Dans l'enregistrement des actes, le contrat entre Étienne Vayssié et Marianne Bosc est mentionné comme mariage d'Étienne Bouissy avec Marianne Bosc: il a fallu que la coïncidence des dates m'intrigue pour que je me reporte au registre du notaire... où se lit ce titre: Mariage de Bertrand Vayssié et de Marianne Bosc! Comme quoi on ne saurait se fier qu'avec prudence aux documents les plus officiels.

    D'UN CONTRAT L'AUTRE

    C'est un notaire de Cayriech, maître Miquel, qui a établi ce contrat. Il confirme l'existence du testament de Bertrand, rédigé par le même notaire, mais perdu parce que sans doute écrit sur des feuilles volantes. Il rappelle le fidéicommis dévolu à Anne Miquel, qui s'en acquitte à l'occasion du mariage en remettant à son fils les biens de son père. Elle lui donne aussi la moitié de ses propres biens, se réservant seulement une pièce de terre.

    Les parents de Marianne étant morts, c'est sa grand-mère, Antoinette Rouqual, et son frère Jean qui l'assistent et lui constituent une dot de 1 000 livres, que Jean paiera effectivement en plusieurs fois, partie en argent et partie en mise à disposition de terres pour quelques années.

    Prévoyante, Anne Miquel, la mère d'Étienne, s'est rendue à Puylaroque l'automne avant sa mort pour y faire établir son testament. Assez curieusement, il ne mentionne ni legs pieux ni dispositions concernant sa sépulture, qu'elle laisse à la discrétion de son héritier, c'est-à-dire "Étienne, son fils cadet, marié dans la maison". Elle semble surtout se préoccuper d'assurer le sort de son fils aîné, Pierre, "au cas où il ne se marierait pas",  ce qui est l'hypothèse la plus probable: il a alors passé quarante ans. Elle lui lègue une pièce de terre, du linge, et "un droit d'habitation dans la fourniol de la présente maison" - preuve que ce fournil existait déjà. Là encore, les aléas de la vie feront que la présence de Pierre resté célibataire assure une présence des plus utiles auprès de Marianne Bosc après le décès précoce d'Étienne.

    Et pour ce qui est du testament de Marianne, il est d'une brièveté extrême: elle se contente d'y léguer tous ses biens au seul fils qui lui reste, Jean Pierre, sans se préoccuper, contrairement à son mari, de messes pour le repos de son âme, et sans avoir l'air de penser que sa fille lui a laissé des petits-enfants. Faut-il voir là l'amertume d'une mère qui a vu mourir deux fils à la fleur de l'âge? Ou l'influence de son frère, Jean Bosc, lui a-t-elle transmis quelque chose des idées des Lumières? Je n'en sais évidemment rien. 

     

      

     

    MARIE-JEANNE  (post-scriptum)

     

    Le hasard, comme on sait, peut être bon prince -  surtout quand patience et longueur de temps lui font escorte. Bref, à force de chercher des traces d'une vente (à ce jour encore introuvables), je suis tombée sur le contrat de mariage de Marie-Jeanne. Il a été établi à Mouillac,  au printemps de 1798, donc quelques mois après le mariage (officiel mais probablement virtuel) de son frère Jean Pierre.

    Ce contrat est précédé d'un acte de vente rédigé le même jour par le même notaire: le père de Jean Bru vend à son fils la moitié d'une maison, un jardin et quelques terres. On apprend du coup que le futur époux de Marie-Jeanne était depuis environ quatre ans gagiste (ouvrier agricole) à Mouillac; c'est donc ainsi qu'il s'est constitué un pécule suffisant pour acquérir de quoi loger et nourrir sa famille. Et comme Jean Déjean Peyroutou signe l'acte en tant que témoin, il est permis de supposer qu'il était l'employeur de Jean Bru. Ce qui n'exclut pas que les Léris aient pu, eux aussi,  jouer un rôle dans le mariage: l'un d'eux a pour femme Marie Bru, la sœur de Jean.

    Quant à la dot de Marie-Jeanne, elle se compose d'une somme de 100 francs en argent, payable après le décès de sa mère, Marianne Bosc, de plusieurs terres à Mouillac, dont elle ne disposera également qu'après la mort de Marianne, terres évaluées à 1 000  francs, d'une coitte de plume, de draps, nappes, torchons selon l'usage, de deux brebis dont l'une avec son agneau, et de trois habits, un de rase bleue, un de burat noir et un de serge bleue. À cela s'ajoute un buffet fermé à clé, ne provenant ni de son père ni de sa mère, mais la valeur duquel elle a gagnée de son industrie. Quelle industrie? Elle peut avoir filé, tissé, travaillé comme servante ou s'être louée pour les travaux des champs.

    Sa mère étant décédée deux ans après elle, Marie-Jeanne n'a jamais pu toucher l'argent de sa dot ni en exploiter les terres. On comprend que Marie Bru, sa fille, cède ses droits à son oncle, certes moyennant compensation financière, mais probablement sans difficulté... Quant à lui, sans doute considérait-il comme essentiel de conserver la totalité des terres de ses parents.

     

     


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