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                           LE "CAS" FRANÇOISE LESTANG 

     

               Épouse de Jean Pierre Vayssié -  le fils, né en 1804 et mort en 1846 -, Françoise Lestang s'est retrouvée veuve sans enfants après dix ans de mariage. Qu'est-elle devenue?

    Les recherches engendrées par cette question banale débouchent sur de nouvelles interrogations sans réponses catégoriques.

    Puisqu'elle est absente des registres de décès de Mouillac, il semble logique que Françoise Lestang soit repartie dans son village natal de Puylaroque.  De fait, les registres de cette commune permettent quelques découvertes.

    D'abord, si le nom de Françoise n'apparaît pas dans les tables décennales des décès, on y trouve à la date du 12 mars 1845 une "Vaissié mort-née", dont l'acte de décès précise que "la naissance n'a pas été constatée", l'enfant n'ayant vécu "qu'une heure seulement"; c'est bien la fille de Jean Pierre Vayssié et de Françoise Lestang, mariés, demeurant à Mouillac. Mais pourquoi la naissance a-t-elle eu lieu à Puylaroque? Ce peut être un effet du hasard, dans le cas où Françoise, venue rendre visite à sa famille, aurait accouché prématurément. Cela peut aussi résulter d'un choix, que plusieurs raisons sont susceptibles d'expliquer: maladie déjà déclarée de Jean Pierre ou de sa mère, Marie Vidaillac (elle meurt en juillet 1845, lui en janvier 1846), mésentente conjugale ou entre bru et belle-mère, gêne de Françoise à l'idée d'accoucher dans une maisonnée très masculine (un beau-père, deux ou peut-être trois beaux-frères), désir d'être entourée par les femmes de sa famille (sa mère et sa sœur Jeanne, ainsi que sa tante et sans doute marraine puisqu'elles portent le même prénom), ultime tentative pour mener une grossesse à terme dans une maison où le repos était possible... Aucun document ne m'autorise à trancher.

    Les registres de Puylaroque fournissent un deuxième renseignement, peu surprenant celui-ci: le remariage de Françoise Lestang. Annoncé en août 1847, il a lieu en octobre à Parisot; elle épouse un "cultivateur" de 38 ans, Jean-Pierre Brousses.

    Le plus étrange, ce sont les variations dans l'âge attribué à Françoise par les différents actes qui balisent sa vie: elle est censée avoir 28 ans en 1836, quand elle épouse Jean-Pierre Vayssié, 34 ans en 1845 quand naît et meurt son seul enfant, et 44 ans en 1847 lors de son remariage! Que le "valet de charrue" d'Antoine Lestang chargé de déclarer la petite mort-née procède par approximation est fort compréhensible. Mais comment Françoise a-t-elle été soit rajeunie de cinq ans pour son premier mariage soit vieillie d'autant pour le second? L'acte rédigé à Mouillac la fait naître le 17 juillet 1808, celui de Parisot le 8 floréal de l'an XI... C'est qu'il y a eu trois Françoise Lestang, l'une en 1803 (an XI de la République) décédée à l'âge de trois jours, une deuxième en 1804 qui n'a vécu que dix-sept heures, et celle de 1808! Quant à savoir qui, de l'officier d'état-civil, de l'intéressée ou de son père,  a confondu la première et la dernière...

    Ce qui est sûr, c'est que Françoise semble avoir hérité de sa mère la difficulté d'engendrer des enfants viables; ses parents ont encore perdu dès sa naissance un garçon en 1812, avant que leur seconde fille, Jeanne, née en 1817, ne survive.

      


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                                       RACINES MOUILLACOISES

     

    Parmi les douze colons établis en 1476 par Jean d'Arlende sur le territoire de Mouillac ne figure aucun Vayssié. Mais cela ne signifie pas qu'ils soient uniquement des pièces tardivement rapportées: en examinant l'ascendance de leurs épouses, on découvre qu'au moins quatre ou cinq d'entre elles doivent descendre de ces premiers habitants.

    Joint à l'abondance de Cavaillés à Mouillac jusqu'au vingtième siècle, le seul patronyme de Marie Cavaillé, épouse de Jean Vayssié, et de sa nièce Marie Julienne, femme d'Antoine, rend vraisemblable l'hypothèse qu'elles s'inscrivent dans la lignée du Raymond Cavaillé venu, au quinzième siècle, de Caylus fonder le hameau du même nom.

    Anne Miquel, femme de Bertrand Vayssié, a pour grand-mère une Marguerite Déjean, de la branche Déjean Peyroutou, ainsi que le précise une mention en marge de l'acte de décès de son père, Pierre Miquel. Sans doute descend-elle ainsi du Pierre Déjean, qui est l'un des douze tenanciers de 1476.

     

     

    RACINES MOUILLACOISES

     La famille de Catherine Faugère, dont le père s'est établi à Mouillac par son mariage en 1680 avec Antoinette Arnal, vient de Varaire (Lot).

     

    La femme d'Étienne Vayssié, Marianne Bosc, elle, vient par sa mère des Faliech, dont l'ancêtre, Barthélemy, est investi d'une terre à Mouillac  avant la fin du quinzième siècle.

    RACINES MOUILLACOISES

     La famille Bosc est de Saint-Martin de Cayssac, commune de Labastide de Penne; avec François, se sont aussi installés à Mouillac son frère Jean et sa sœur Marie.

     

    Enfin Antoinette Vidaillac, mère de Madeleine Delrieu et grand-mère de Bertrand, pourrait descendre du Jean Vidaillac dont le nom figure avec ceux d'autres habitants de Mouillac dans un acte de 1492.

     

     

     

     


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                                                      UN INVENTAIRE

     

    Bertrand Vayssié mort à quarante-et-un ans en décembre 1748, que son décès soit dû à un accident ou à une maladie foudroyante, n'a d'évidence pas eu le temps de faire un testament. En effet, en mai 1753, soit plus de quatre ans après, Anne Miquel, sa veuve, fait dresser un inventaire des biens qu'il a laissés.

    Pourquoi?  Veut-elle clarifier la situation alors que le père de Bertrand est mort l'année précédente?  A-t-elle eu vent de critiques sur la façon dont elle gérait l'héritage de ses deux fils survivants?  À la lecture de l'acte rédigé par le notaire de Puylaroque, on a bien l'impression qu'elle entend se justifier. Elle commence par déclarer qu'il s'agit de "ne point confondre ses biens avec ceux de feu son mari" et de "prévenir l'égarement des meubles et effets délaissés par ledit Vayssié son mari".  Elle rappelle sa "qualité de mère tutrice des droits de la personne de Pierre et Étienne Vayssié ses enfants". Elle a fait convoquer par "exploit" non seulement le notaire, mais encore Raymond Vayssié, frère de Bertrand - qui s'est fait représenter par sa femme, Jeanne Vidaillac -, Pierre Miquel, "aïeul maternel" des enfants, c'est-à-dire son propre père, et le beau-frère de Bertrand, Jean Artoux, mari de Jeanne Vayssié. Deux témoins sont également présents, Antoine Besse Dalot et son fils Pierre, qui signent. En outre elle souligne qu'elle entend utiliser "à l'usage des enfants" ce qui reste de vêtements, soit une veste de toile et quatre chemises, ainsi que "trente bottes de laine".  Enfin, conduisant le notaire et les témoins dans l'écurie, elle fait observer que les deux bœufs qui s'y trouvent sont "de plus grand prix que les trois vaches que ledit Vayssié délaissa à son décès": serait-ce là l'origine de rumeurs d'une gestion contestable? 

     

    INVENTAIRE     INVENTAIRE

     

     

    Pour le reste, ce qu'on remarque dans cet inventaire, c'est la présence de plusieurs ustensiles de cuivre, un seau, un chaudron, une vasque, une lampe, dont le poids est chaque fois précisé; de meubles en bois de noyer, deux coffres fermant à clé, dont l'un est "presque neuf", et deux lits, dont l'un n'est qu'un "châlit sans menuiserie" garni d'une paillasse, mais entouré de rideau de "serge rouge", tandis que la garniture de l'autre est minutieusement décrite: édredon et matelas fourrés de plumes d'oie, couette piquée, draps, dessus de lit, rideaux. Et parmi les outils, si certains - "foussoirs à foussoyer le millet", "essieu de fer", "tonnelets"... - sont évidemment à usage agricole, se distingue un ensemble formé d'une "bésagude" (en français "besaiguë") qui est un instrument de charpentier*, avec "tous les outils apprêtoires (?)". Peut-on en conclure que Bertrand avait au moins commencé la construction ou l'amélioration d'une maison? Deux maçons résidaient alors dans le même hameau, dont l'un, Étienne Léris, mort dans la même période que Bertrand, était le parrain d'Étienne Vayssié. Peut-être même le coffre "presque neuf" et le lit menuisé étaient-ils l'œuvre de Bertrand...

     

    INVENTAIRE

     

    De l'inventaire, il ressort encore qu'aucune pièce de vaisselle n'est mentionnée: sans doute représentaient-elles toutes l' apport d'Anne au ménage. Dans l'équipement de la cuisine, cependant, appartiennent à l'héritage de Bertrand  "un pendant de feu", autrement dit la crémaillère, "deux landiers", ou chenets, une "petite salière bois de noyer"** et d'un "coutre à deux mains à couper le pain",

    Quant au cheptel, en plus des bœufs, il comporte quatorze brebis et une chèvre.

    Le tout est évalué à 220 livres. Ce n'est peut-être pas si peu, quand on songe que les biens remis à Bertrand par son père à l'occasion de son mariage étaient estimés à 1 000 livres.

     

    * Wikipédia:

    besaiguë /bə.ze.gy/ féminin

    1.  (Charpenterie) Outil de fer, taillant par les deux bouts, dont l’un est en bec-d’âne et l’autre en ciseau : il sert à dresser et réparer le bois de charpente et à faire les tenons et mortaises.

    INVENTAIRE Image tirée du Petit Larousse 1905.

     

    ** Il s'agit plutôt d'un meuble: une sorte de chaise dont l'assise était un coffre à sel. "Petite" signifierait-il que Bertrand l'avait faite à la taille de ses fils?

    INVENTAIRE

     

     


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                             DE SINGULIERS MARIAGES

     

    L'acte de mariage de Jean Pierre Vayssié (né en 1783) a paru longtemps introuvable. Il n'apparaît pas dans les registres d'état-civil numérisés et publiés sur leur site par les archives du Tarn-et-Garonne, qu'on le cherche dans la commune de l'un ou l'autre conjoint, ou au canton, ou même dans les communes voisines. Le registre numérisé de Mouillac, lieu le plus vraisemblable, comporte une lacune entre l'an IV (1796) et l'an IX (1801) de la République, sur laquelle les Archives ne donnent pas d'explication.

    Le contrat de mariage, lui, figure bien dans un registre de notaire de Caylus, à la date du 5 pluviôse de l'an IX. Jean Pierre ayant tout juste dix-huit ans, on peut penser que le mariage a eu lieu ce même mois ou les suivants... jusqu'à ce qu'on reçoive, de la source la plus pertinente, c'est-à-dire la mairie de Mouillac, une copie de l'acte de mariage daté du "quinzième jour de nivôse l'an six de la République (4 janvier 1798) à dix heures du matin".

    Et non seulement le registre conservé dans les archives communales comporte la mention de cet acte, mais pour ces deux années, an V et an VI, il a enregistré une bonne dizaine de mariages dans une commune qui frôlait à peine les trois cents habitants.

    Vérification faite, le registre des Archives départementales ne renferme pour les mêmes deux années qu'une pincée de pages entièrement blanches. Ce n'est donc pas qu'on ait oublié de numériser quoi que ce soit, mais bien que la municipalité de Mouillac du temps de la Révolution a déposé au greffe un registre incomplet.

    À regarder d'encore plus près, on remarque que l'acte de mariage de Jean Pierre Vayssié avec Marie Vidaillac comporte une inexactitude, le faisant naître un 11 janvier alors qu'il est né le 20: comment ne pas penser que c'est pour garantir qu'il a quinze ans révolus, alors qu'il s'en faut de quelques jours*? La fiancée, elle,  a effectivement treize ans... C'est le seul exemple de mariage aussi précoce, dès l'âge légal atteint, qui s'observe dans la lignée des Vayssié depuis le début du XVIIème siècle. Il est probable que l'union n'est devenue réelle qu'après la signature du contrat, soit trois ans plus tard, et qu'elle a été précédée d'un mariage religieux (les curés partis à l'étranger furent autorisés à rentrer par un arrêté d'octobre 1800 et le Concordat signé en juillet 1801).

     

    DE SINGULIERS MARIAGES

     

     

    Enfin, parmi les autres mariages enregistrés l'an V et l'an VI, plusieurs étonnent. Dans deux cas, les deux conjoints sont extérieurs à la commune et ne semblent pas y posséder d'attaches familiales. Surtout, dans trois autres cas, on voit des garçons de quinze ou seize ans épouser des veuves de cinquante et même soixante ans. La seule explication plausible est qu'il s'agissait par tous les moyens de les faire échapper à la conscription: les Mouillacois n'avaient aucune envie que les jeunes gens de la commune partent défendre la République ou étendre ses conquêtes! Or n'étaient réquisitionnables que les célibataires et les veufs sans enfants.  

    On peut vérifier qu'il s'agissait de mariages fictifs en se rapportant aux actes de décès des veuves complaisantes: il n'y est pas fait mention de leur second mariage. Et pas davantage (sauf dans un cas), lorsque les jeunes hommes se remarient avec des jeunes filles de leur génération, n'apparaît leur présumé veuvage.

    On est amené à conclure que, pour éviter des étonnements et des vérifications gênantes, la municipalité s'est bien gardée de transmettre ces actes de mariage au greffe du tribunal du district, les gardant sous le coude pour le cas où... Dans un petit village à l'écart, ce ne devait être ni très difficile ni très dangereux. Mais cela suppose la complicité de tous et une certaine défiance à l'égard de la Révolution et de ses suites.

    *La falsification de cette date de naissance est d'ailleurs insuffisante: le 15 nivôse correspond au 4 janvier... Mais le secrétaire de la mairie de Mouillac semble avoir eu quelques difficultés avec le calendrier républicain et il trouve plus simple de supposer que vendémiaire égale septembre, nivôse janvier, etc. L'acte implique évidemment que 15 nivôse égale 15 janvier, pour qu' avancer du 20 au 11 janvier la naissance de Jean Pierre Vayssié suffise à lui assurer quinze ans révolus.

     

     

     

     

     


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