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                                               ET VIVE LES NOTAIRES!

     

    Certes les minutes notariales du XVIIème siècle sont presque indéchiffrables pour un œil peu expérimenté tel que le mien, mais on parvient tout de même à y repérer d'intéressantes précisions. Dans la transcription des identités, les notaires font souvent montre d'une plus grande minutie que les registres paroissiaux; sans doute soucieux d'éviter les confusions entre homonymes - sources potentielles d'imposture ou d'escroquerie - ils ne manquent pas de préciser chaque fois les éventuels surnoms et les liens de parenté. C'est bien grâce à eux que je tiens enfin la preuve que le Jacques Vayssié de La Salle avait pour demi-frère le Jean Vayssié de Saint-Pierre de Livron dont la signature voisine plus d'une fois avec la sienne, grâce à eux encore que j'ai retrouvé la date du décès de leur père commun.

    En outre, on trouve dans les registres notariaux des actes dont on ne soupçonnait pas l'existence, qui n'étaient mentionnés ni dans les traditions familiales ni dans d'autres documents, et qui jettent un éclairage fascinant sur la personnalité des aïeux. Ainsi telle donation, qu'on est tenté d'interpréter comme un signe d'amour dans un mariage, ou tel testament qui révèle une âme de patriarche dans un homme sans enfants, ou tel autre qui émane d'un garçon de quinze ans...

     

     

                         DEUX TESTAMENTS

                         DEUX MARIS ATTENTIONNÉS

     

    À presque deux siècles de distance, il est touchant de retrouver le même souci d'assurer l'avenir d'une probable veuve. Indice sans doute de la dépendance des femmes, mais peut-être aussi de sens du devoir chez le testateur, ou de sentiments que les mariages arrangés n'empêchaient pas.

    En 1687, Pierre Vayssié, dit Boutiman, "gisant malade dans son lit, voyant, oyant et proclamant lucidement sa mort assurée" veut "éviter les disputes après son décès". Ne sachant écrire, pas même signer son nom, il a donc convoqué le notaire et plusieurs témoins. Son acte de décès, quelque jours plus tard, évaluera son âge à "environ soixante-dix-huit ans" : surévaluation probable de trois ou quatre ans, le contrat de mariage de ses parents ayant été dressé en 1612. Comme, veuf, il s'est remarié, sa seconde femme, Florette Tournamire, a une bonne vingtaine d'années de moins que lui. Aussi prend-il soin de lui léguer "tant qu'elle vivra disposition annuelle de vingt-quatre quartons de blé, moitié froment, moitié seigle ou orge, plus une barrique de bon vin pur, une demi-barrique de vin, six livres de lard et pourceau salé, six livres de graisse de pourceau, six livres d'huile de noix, une robe tous les trois ans, une paire de souliers chaque deux ans". Il précise les dates auxquelles doivent être livrés ces différentes denrées. Il y ajoute "la jouissance d'une chambre" pour laquelle il prescrit de faire un couloir afin qu'elle puisse s'y rendre depuis "la salle": il semble exister deux maisons, dont l'une est dite "la maison vieille", qu'il convient de rendre communicantes à l'aide d'un "pont". "Dans laquelle chambre", précise encore le testament, "y aura les meubles qui sont nécessaires pour son service ou usage". Enfin la veuve aura "la faculté de prendre des herbes potagères au jardin et du bois au bûcher pour son chauffage, le tout pendant sa vie".

     

    En 1869, Jean Vayssié dit Bertrand n'a que cinquante-sept ans et ne se sent pas sur le point de mourir; mais il marie son neveu Antoine, qu'en l'absence d'enfants il a choisi comme héritier, à la nièce de sa femme, et pour compléter le contrat de mariage il dicte son testament - car lui non plus ne sait ni écrire ni même signer.

    "Je donne et lègue à Marie Cavaillé, mon épouse, sans profession demeurant avec moi, l'usufruit et jouissance sa vie durant d'une chambre garnie située au midi de la maison d'habitation que je possède à Cavaillé, commune de Mouillac; cette chambre sera garnie de deux lits complets, d'une armoire, d'un buffet, de douze draps de lit, six nappes, douze serviettes, douze essuie-mains; ce linge sera choisi parmi le meilleur linge de la maison. Je lègue en outre à mon épouse tous les meubles et ustensiles de ménage qui lui seront nécessaires pour son usage journalier. Plus, je lègue à ma dite épouse une rente annuelle et viagère de six cents francs payable de trois mois en trois mois. Plus, je lègue à ma dite épouse le droit de prendre dans les biens que je laisserai à mon décès tous les fruits et légumes verts qui lui seront nécessaires pour sa consommation.

    Dans le cas où ma dite épouse viendrait à se remarier, le legs que je viens de lui faire ci-dessus serait réduit à une pension annuelle et viagère de trois cents francs."

    Ces legs sont les tout premiers mentionnés, avant même les dons à l'église de Mouillac. Jean Vayssié meurt en 1886, Marie Cavaillé en 1891.

     


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