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                                                   UNE GRAND-MÈRE

     

    Antoinette Rouqual, morte en 1791 à l'âge d'environ quatre-vingt-dix ans, est la grand-mère maternelle de Marie-Anne Bosc, épouse d'Étienne Vayssié. Et sa vie, à en juger par les quelques données dont on dispose,  ne dut  pas être un long fleuve tranquille.

    Son mari, François Faliech, n'apparaît plus dans le registre de Mouillac après 1737. Elle était sans doute veuve dès ce moment, avec apparemment une seule fille en vie, Anne, qui épouse en 1740 François Bosc, originaire de Saint-Martin-de-Cayssac (aujourd'hui commune de Labastide- de-Penne).

    Anne et François meurent tous deux en 1760, laissant huit orphelins entre dix-huit et un ans; l'aînée, Marie, est déjà "casée", mariée à dix-sept ans à Antoine Brousse, de Saint-Antonin .

    Tout donne à croire que c'est Antoinette Rouqual qui s'est trouvée chargée des sept autres enfants.

    Peut-être le curé d'alors l'a-t-il aidée, peut-être est-ce grâce à lui que l'un des deux garçons, Jean, sait lire et écrire: il figure à titre de témoin dans un acte notarié en même temps que le curé Frayssinet, et il y est qualifié de "pupille", terme qui peut simplement signaler sa situation d'orphelin mais dont on peut se demander s'il n'implique pas aussi quelque lien avec le prêtre. Ce Jean Bosc, dit Noir, sera le second maire de Mouillac, de 1794 à 1799.

    Antoinette, en tout cas, "assiste" (selon la terminologie en usage chez les notaires) ses petits-enfants lors de leur mariage, ce qui tend bien à prouver qu'ils n'avaient aucun oncle en mesure de remplir ce rôle. En 1769, elle marie Jeanne à Joseph Fauciel de Caylus; en 1771, Jean à une Jeanne Bouyssi de Mazerac, et Marie-Anne à Étienne Vayssié; en 1772, Perrette à François Soulié de Puylaroque; en 1774, Catherine à Jean-Pierre Gaben, de Puylaroque; en 1776 Marie-Jeanne à Jean Ramond dit Mandine, de Saint-Symphorien; et enfin en 1781 Raymond à Marie Gleye, de La Salle.

    Avant de s'éteindre dans la maison de son petit-fils Jean, dont elle a fait son légataire, elle rédigera trois testaments, l'un en 1769 à Cayriech, les deux autres en 1783 et 1784 à Puylaroque - sans rien changer à leurs dispositions!

     


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    PÉPITES 

     

    En interrogeant Gallica *, en  feuilletant de savants ouvrages, dans les vieilles photos et les conversations de famille, il arrive qu'on fasse des trouvailles, les unes pittoresques, d'autres émouvantes.

     

    Une chanson

    Elle se lit dans une revue de 1911 intitulée La vie au patronage et ne semble pas dépourvue d'intentions moqueuses:

    PÉPITES

     

    L'étonnant, c'est la dédicace qui l'accompagne:

     

    PÉPITES

     

    Ce dédicataire est mon grand-oncle, fils d'Antoine Vayssié et frère de Jean-Marie. Je ne peux m'empêcher de penser que la naïve vanité du texte a quelque rapport avec la façon dont on le voit, sur une photo de groupe, redresser son mètre soixante-et-un et son menton...

     

    Un retour

    La séparation de l'Église et de l'État ne se fit pas à Mouillac sans douleur, et l'inventaire des biens de l'église paroissiale rencontra une résistance vigoureuse:

     "- Le curé a invité tous les paroissiens à venir le jour où l'employé de Caylus venait faire l'inventaire. On lui a barricadé les portes.

     - On lui a barricadé les portes?

     - Oui, les portes du grand portail ont été barricadées, l'autre porte où on rentre dans l'église on l'a ouverte et refermée avec une autre bien barricadée. Alors on a refusé de lui ouvrir les portes.

     - Et qu'est-ce qu'il s'est passé?

     - Le Juge de Paix qui voulait faire l'inventaire a été obligé de faire venir les gendarmes, pour faire évacuer les portes de l'église, et puis il a appelé les cantonniers qui travaillaient sur la route pour ouvrir les portes, et il a fait l'inventaire. Il y a eu trois arrestations.

     - Qui est-ce qui a été arrêté?

     - Le curé a été arrêté.

     - C'était qui, à l'époque?

     - Monsieur l'abbé Lafon. Et puis deux hommes.

     - Qui?

      - Monsieur Cavaillé Dominique, et Tillaraou [...] Le curé a eu dix jours de prison qu'il a fallu faire.

     - Et les deux hommes?

     - Cavaillé Dominique, quatre jours qu'il a fallu faire; et Soulié Louis (dit Tillaraou), deux jours de prison avec sursis."

     

    Le journal La Croix publia le 5 mai 1906 ce petit article:

    PÉPITES

    "Lundi, 30 avril, M. l'abbé Cyprien Lafon, curé de Mouillac (Tarn-et-Garonne), sortait de la prison où il avait été enfermé dix jours pour la cause de l'Église.

    Il se rendit d'abord à l'évêché où Mgr Flard lui témoigna sa joie de revoir un vaillant et un brave.

    À Puylaroque toutes les voitures de la paroisse allèrent à sa rencontre, ornées de lauriers, portant conseillers municipaux, fabriciens et maire. Sur tout le parcours, des figures sympathiques saluent et acclament. M. l'abbé Vayssié lui avait préparé un retour triomphal: bordures de buis, couronnes, guirlandes, chants, son des cloches, procession. Monté sur un tertre, devant toute la paroisse assemblée, il dit la joie de tous. Le Te Deum de délivrance retentit. 14 prêtres sont là pour montrer leur solidarité. L'un d'eux proclame devant tous ces braves les trois devoirs actuels des catholiques: résistance, attaque, discipline, devoirs si bien remplis le 28 février dernier à Mouillac."

     

    L'article ne nomme pas le maire, mais ce ne pouvait être que Jean-Marie Vayssié, élu en 1904 à cette fonction.

    (Il va de soi qu'une telle dramatisation prête, aujourd'hui, plutôt à sourire.)

     

     

     

    Un savoir

     La vie en Bas-Quercy du XIVème au XVIIIème siècle est un ouvrage érudit de Robert Latouche, qu'on peut lire à la Bibliothèque du Patrimoine à Toulouse. 

    En Quercy, "la plupart des noms de lieux habités sont des noms de personnes", écrit l'auteur. Et de citer entre autres exemples celui  de Mouillac: "cette localité fut repeuplée en 1476 [...]; l'un  (des nouveaux habitants), Raymond Cavaillé,  a imposé son nom à sa tenure. [...]. Le lieu de Cavaillé subsiste dans la toponymie de Mouillac, et il n'a pas cessé jusqu'à nos jours d'être habité par la famille Cavaillé. " Et une note précise: "Ce renseignement m'a été fourni par M. le maire de Mouillac." 

    L'ouvrage datant de 1923, ce maire ne peut être, ici encore, que Jean-Marie Vayssié. D'où toute une série de questions: que savait-il d'autre sur le repeuplement de Mouillac après la guerre de Cent Ans? Est-ce à lui que nous devons l'affirmation selon laquelle les Vayssié seraient originaires d'Auvergne? Aurait-il, pensionnaire au séminaire ou participant à de pieuses retraites, fréquenté le savant abbé Galabert qui mit en lumière la refondation de Mouillac? Est-ce lui ou son fils André qui a retranscrit la charte accordée alors aux Mouillacois?

    Je l'ignore, mais touchante est cette trace inattendue laissée par mon grand-père dans un livre de chercheur.

     

    Deux images

    L'une est une photographie, prise par je ne sais qui, probablement dans les années 30. Penché, de dos, chapeau sur la tête, mon grand-père ausculte une barrique juchée sur un support (deux X de bois que relie une traverse). Deux ou trois vaches sombres, sans doute des Salers, broutent à l'arrière. Au premier plan, un chien bourru pose, presque de profil. À l'arrière-plan, court un mur de pierres sèches coupé à gauche par l'entrée du jardin, à droite par une barrière de troncs; des arbres le dominent, dont l'un doit être un sureau en fleurs.

    Invisibles, la maison dans le dos du photographe et l'étable  sur sa droite.

    Cette photo est celle d'un monde qui n'existe plus que dans le souvenir de quelques survivants. Les vaches, le jardin, même le mur, tout a disparu, et si les bâtiments subsistent, la maison a été défigurée et l'étable n'abrite plus rien de vivant.

     

    La seconde image est toute mentale. elle naît de ce que m'a raconté ma cousine Christiane. Les soirs d'été, tout son travail fini, notre  grand-père s'asseyait sur une marche au bas de l'escalier et contemplait les étoiles; et elle venait s'asseoir auprès de lui. Ils restaient là tous deux en silence (croit-elle se souvenir, le jugeant plutôt taciturne alors que notre grand-mère était bavarde), et elle se sentait bien, tranquille auprès de lui devant ce ciel nocturne de l'été.

     

    *Gallica: site Internet de la Bibliothèque nationale de France.

     

     

     

     


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                                               CELLES PAR QUI...

     

    L'installation de Bertrand Vayssié à Mouillac résulte probablement moins de son mariage avec Anne Miquel que de l'héritage de sa mère, Madeleine Delrieu, et de sa grand-mère maternelle, Antoinette Vidaillac.

    Fille de brassier, Anne Miquel apporte par contrat de mariage la moitié des biens meubles et immeubles de son père, excepté de ceux qu'il possède à Lalbenque et à Caylus, biens estimés à 480 livres.

    Bertrand reçoit de son père les biens que celui-ci et sa mère possèdent à Mouillac, biens estimés à 1000 livres (exactement le même montant que ceux dont son frère aîné, Raymond, a reçu la pleine propriété à La Salle). En fait les terres de Mouillac viennent de Madeleine Delrieu, qui semble avoir été fille unique: c'est sa mère qui "l'assiste" lors de son contrat de mariage avec Pierre Vayssié, père de Bertrand, en 1690, et aucun autre Delrieu que Jean, son père, ne figure dans le relevé cadastral de Mouillac en 1684. Elle était donc sans doute l'unique héritière de ses parents. Quant à Antoinette Vidaillac, sa mère, elle a seulement deux sœurs, Catherine, mariée à Jacques Crabié, de Mazerac, et Françoise, mariée à Pierre Quercy, de Saint-Pierre Livron. C'est donc elle, qui avec son mari, Jean Delrieu, avait recueilli la succession de ses parents, Antoine Vidaillac et Madeleine Delpech. Quel était son degré de parenté avec les autres Vidaillac résidant à Mouillac, je l'ignore pour l'instant, mais il n'était de toute évidence pas assez proche pour que l'un ou l'autre intervienne comme témoin à son remariage avec Jacques Vayssié, père de Pierre - union enregistrée et célébrée le même jour que celle de leurs enfants respectifs. Voilà ainsi des Vayssié tenanciers à Mouillac à double titre!

    (Deux veufs qui s'épousent tout en mariant ensemble leurs enfants, c'est un schéma qu'on retrouve plusieurs fois dans les registres paroissiaux).

    Quant au premier mariage de Jacques, il est également avantageux: sa femme, Jeanne Peyronenc, n'a qu'une sœur, Marguerite, mariée dans un autre hameau. Elle reçoit en dot (donation confirmée ultérieurement par testament) la moitié des biens de son père. Jacques apporte, lui, 1000 livres. En effet son père, Pierre Vayssié dit Boutinian, deuxième du nom, s'est marié deux fois; il laisse son fils du premier lit, Jacques, s'installer chez son beau-père, ce qui lui permet de léguer ses terres de Rigal (Saint-Pierre Livron) à l'un de ses fils du second lit, Jean.

    Autrement dit, ces premiers Vayssié ont su judicieusement prendre pour épouses des héritières, certes pas riches, mais qui leur permettaient de se maintenir dans la classe des paysans les moins mal lotis, les laboureurs.

     

    CELLES PAR QUI...

     

     

     


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                                      DEUX ÉTAGES D'UN BOND

     

    Le 18 mai 1576, au masage "de Rigailh dit de Boissières", maître Guillaume Demarc, notaire à Caylus, enregistre le testament d'un Pierre Vayssié, et qu'apprend-on?

    1) Que ce Pierre est fils d'un ici  dénommé Bertrand  (en réalité Bernard, des actes antérieurs le révèlent).

    2) Qu'il n'a pas d'enfants, tout au moins en vie, puisqu'il lègue ses biens à son épouse, Marguerite Éché, "fille de Jean dit Petitou".

    3) Que cette épouse a un frère, "Jean Éché dit Sigalou", père d'une fille prénommée Jeanne, à laquelle Pierre lègue 40 livres.

    4) Et surtout que Pierre lui-même a eu un frère, Laurent, à présent décédé, père de quatre enfants: Pierre, Jean, Arnaud, et Catherine.

     

    DEUX ÉTAGES D'UN BOND

     

    Aux trois derniers, Pierre lègue équitablement 40 livres chacun.

    Quant à son neveu Pierre, qui est peut-être son filleul, il le désigne comme l'héritier qui devra être "substitué" à son épouse au décès de celle-ci. Ce Pierre, à Rigal, et en raison d'autres indices concordants (notamment le fait qu'il ait un frère du nom de Jean, père d'un Laurent), ne peut être que Pierre Vayssié, dit Boutinian, premier du nom!

    Du coup s'éclaire son lien avec Arnaud Vayssié, dont des actes postérieurs et les registres paroissiaux de Saint-Pierre Livron mentionnent les descendants, certains surnommés Capsec (alors que dans la branche de Pierre on trouve Boutinian, Dinié, Faurou, Cascaré...).

    Du coup on comprend aussi pourquoi le fils de Pierre Boutinian rachète à une autre Catherine Vayssié - sa petite-cousine -,  des terres qu'elle tient d'un "feu Laurent" - non pas le premier du nom, mais son petit-fils.

    Et on comprend enfin pourquoi les deux fils de Jean, cités dans le testament d'un Bernard Éché, se prénomment Arnaud et Laurent.

      

     


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                           LE "CAS" FRANÇOISE LESTANG 

     

               Épouse de Jean Pierre Vayssié -  le fils, né en 1804 et mort en 1846 -, Françoise Lestang s'est retrouvée veuve sans enfants après dix ans de mariage. Qu'est-elle devenue?

    Les recherches engendrées par cette question banale débouchent sur de nouvelles interrogations sans réponses catégoriques.

    Puisqu'elle est absente des registres de décès de Mouillac, il semble logique que Françoise Lestang soit repartie dans son village natal de Puylaroque.  De fait, les registres de cette commune permettent quelques découvertes.

    D'abord, si le nom de Françoise n'apparaît pas dans les tables décennales des décès, on y trouve à la date du 12 mars 1845 une "Vaissié mort-née", dont l'acte de décès précise que "la naissance n'a pas été constatée", l'enfant n'ayant vécu "qu'une heure seulement"; c'est bien la fille de Jean Pierre Vayssié et de Françoise Lestang, mariés, demeurant à Mouillac. Mais pourquoi la naissance a-t-elle eu lieu à Puylaroque? Ce peut être un effet du hasard, dans le cas où Françoise, venue rendre visite à sa famille, aurait accouché prématurément. Cela peut aussi résulter d'un choix, que plusieurs raisons sont susceptibles d'expliquer: maladie déjà déclarée de Jean Pierre ou de sa mère, Marie Vidaillac (elle meurt en juillet 1845, lui en janvier 1846), mésentente conjugale ou entre bru et belle-mère, gêne de Françoise à l'idée d'accoucher dans une maisonnée très masculine (un beau-père, deux ou peut-être trois beaux-frères), désir d'être entourée par les femmes de sa famille (sa mère et sa sœur Jeanne, ainsi que sa tante et sans doute marraine puisqu'elles portent le même prénom), ultime tentative pour mener une grossesse à terme dans une maison où le repos était possible... Aucun document ne m'autorise à trancher.

    Les registres de Puylaroque fournissent un deuxième renseignement, peu surprenant celui-ci: le remariage de Françoise Lestang. Annoncé en août 1847, il a lieu en octobre à Parisot; elle épouse un "cultivateur" de 38 ans, Jean-Pierre Brousses.

    Le plus étrange, ce sont les variations dans l'âge attribué à Françoise par les différents actes qui balisent sa vie: elle est censée avoir 28 ans en 1836, quand elle épouse Jean-Pierre Vayssié, 34 ans en 1845 quand naît et meurt son seul enfant, et 44 ans en 1847 lors de son remariage! Que le "valet de charrue" d'Antoine Lestang chargé de déclarer la petite mort-née procède par approximation est fort compréhensible. Mais comment Françoise a-t-elle été soit rajeunie de cinq ans pour son premier mariage soit vieillie d'autant pour le second? L'acte rédigé à Mouillac la fait naître le 17 juillet 1808, celui de Parisot le 8 floréal de l'an XI... C'est qu'il y a eu trois Françoise Lestang, l'une en 1803 (an XI de la République) décédée à l'âge de trois jours, une deuxième en 1804 qui n'a vécu que dix-sept heures, et celle de 1808! Quant à savoir qui, de l'officier d'état-civil, de l'intéressée ou de son père,  a confondu la première et la dernière...

    Ce qui est sûr, c'est que Françoise semble avoir hérité de sa mère la difficulté d'engendrer des enfants viables; ses parents ont encore perdu dès sa naissance un garçon en 1812, avant que leur seconde fille, Jeanne, née en 1817, ne survive.

      


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