Généalogie: art de grimper aux branches - ou d'en dégringoler?

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MOUILLAC ET ORNANO

 

LES RÉFRACTAIRES, L'INSTITUTRICE ET LE MAIRE

 

Le maquis d'Ornano, où avaient été regroupés en 1943 une trentaine de réfractaires au Service du Travail Obligatoire, était installé au-dessus des gorges de l'Aveyron, sur la commune de Penne, dans le Tarn, tout en dépendant de l'Armée Secrète du Tarn-et-Garonne. Un autre maquis, qui s'était donné le nom de  Bir-Hakeim, avait d'abord  résidé près de Servanac, sur la commune de Saint-Antonin. Aucun des deux n'était très loin de Mouillac et le second compta même dans ses rangs un habitant de Mouillac. En mars 1944, deux colonnes allemandes attaquèrent Ornano, massacrant six de ses membres et forçant les autres à se disperser.

À la même époque exerçait à Mouillac une institutrice nommée là en 1941, en représailles de son anti-pétainisme, et engagée dans la Résistance, où son pseudonyme était Sim. Elle portait des messages, ravitaillait, accueillait au besoin hommes et armes.

Se pouvait-il que notre grand-père, alors maire de Mouillac, ait ignoré cette activité, alors que l'école et la mairie partageaient le même bâtiment? Telle est la question que je me suis posée.  

 

MOUILLAC ET ORNANO

Les maquis aux environs de Mouillac. La Bouriette était l'un des deux bâtiments occupés par les maquisards d'Ornano. Une partie seulement des maquis d'Ornano et de Bir-Hakeim s'est regroupée provisoirement aux abords du camp  militaire de Caylus.

 

 Après la Libération, nommée à divers postes et en dernier lieu à Montauban, l'institutrice avait gardé des liens amicaux avec Mouillac, notamment avec nos plus proches voisins du hameau de Cavaillé. Je me souviens d'avoir joué chez eux avec son fils vers 1956 ou 57. Je me rappelle encore mieux une visite qu'elle nous fit avec lui en 1965, alors que nous étions en vacances dans la petite maison du Pouget, en contrebas de l'église; il me semble qu'elle venait surtout voir notre grand-mère Zoé. Et il est sans doute regrettable que je n'aie pas osé, ce jour-là, manifester davantage de curiosité.

Mais les documents accessibles aux Archives de Tarn-et-Garonne ne laissent pas de place au doute. Comme d'autres paysans du causse, comme des gendarmes et des artisans des environs, les habitants de Mouillac ont au moins couvert de leur silence les activités de l'institutrice et des réfractaires. Le bulletin des anciens d'Ornano revient à plusieurs reprises sur la "force" de ce silence; il fait allusion à la paille accueillante d'une grange à proximité de l'école, à l'aide décisive d'un habitant, sans doute le jour de l'attaque par le colonnes allemandes, quand il fallut mettre en sécurité l'officier parachuté cette nuit-là... Les témoignages enregistrés par le Comité d'histoire de la seconde guerre mondiale sont encore plus explicites. L'un raconte comment un meunier de Pechpoujol apportait de nuit de la farine, avec laquelle on cuisait à Perrufe du pain pour les Résistants cachés près de la Verrière; un autre évoque l'hospitalité trouvée à Gagnole, un troisième, les moments de retrouvailles dans la combe de Mouillagol... Quant à notre grand-père - que le même bulletin d'Ornano appelle "le maire de la clandestinité" -, non seulement il écoutait Radio-Londres avec sa femme, son fils, sa belle-fille et sa petite-fille qui vivaient sous le même toit, mais il lui arriva de cacher des papiers confiés par l'institutrice, et à son fils, d'abriter des clandestins dans la maison récemment achetée en haut de la route de Caylus: c'est notre cousine, alors élève à l'école de Mouillac, qui en témoigne. 

 

 

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