Généalogie: art de grimper aux branches - ou d'en dégringoler?
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Oui, le généalogiste tenace finit généralement par trouver ce qu'il cherche, du moins tant qu'il reste dans la zone temporelle où l'enregistrement écrit des étapes d'une vie est la règle. Mais il peut errer assez longtemps avant que lui vienne l'hypothèse féconde. J'en ai eu récemment la preuve. Relisant les pages consacrées aux enfants de Jean Pierre Vayssié, il m'est apparu que j'avais négligé la seule fille, Marie Anne, sœur de notre aïeul Jean Antoine, ou plus exactement sa descendance, alors que j'avais exploré celle de ses frères. Donc, Marie Anne (ou Marianne - l'orthographe varie selon les scribes), née en 1809, épouse en 1833 Jean François Rivière dont elle a trois fils: François, Jean dit Joseph, et Jean. L'aîné demeure à Puylaroque, dans le hameau de Trégan, où il prend la suite de ses parents. Le deuxième se marie à Saint-Georges, y réside quelques années, puis revient s'établir sur une propriété proche de celle de son frère. Le dernier se marie, vit et meurt à Septfonds; il est le seul à laisser après lui un fils, Firmin, et un petit-fils, Louis, par qui se perpétue le nom de Rivière. Car, si les deux aînés ont bien eu des garçons, ceux-ci ont peu survécu; Joseph François, fils de François, meurt à l'âge de quelques jours en 1863; le premier fils de Jean dit Joseph, prénommé François comme son oncle, succombe à la tuberculose pulmonaire à l'hôpital militaire de Toulouse en 1891, et son second fils, Henri, né en 1882, ne dépasse pas l'âge de dix mois. Il ne reste alors que des filles. Jean dit Joseph en a deux, dont l'une demeure à Puylaroque et prend avec son mari la suite des ses parents, tandis que l'autre se marie à Saint-Antonin; la trace de ces deux-là est facile à suivre. Les filles de François sont au nombre de trois: Marie, qui demeure à Trégan, épouse un Pierre Miquel, et en a un fils, puis une seconde Marie, morte en 1896 à l'âge de vingt-quatre ans, enfin Agnès Anna, qui m'a donné du fil à retordre. Certes son acte de naissance indique en marge qu'elle s'est mariée en 1902 à Paris, dans le IXème arrondissement, où l'on retrouve sans difficulté l'acte de mariage.
Mais où et quand est-elle morte? C'est ici que commence l'errance, car il n'y a pas trace de son décès dans les tables décennales de ce neuvième arrondissement de Paris, et l'on hésite un peu à parcourir celles de tous les autres arrondissements. Par chance, le site Geneanet connaît son mari, Joachim Hébrard, et révèle que celui-ci s'est remarié en 1910; par malchance, l'acte de remariage, s'il mentionne bien le veuvage de Joachim, n'indique pas la date et le lieu du décès de sa première épouse; du moins mentionne-t-il que le veuf habite désormais dans le dix-huitième. Agnès y serait-elle décédée? Mais si les tables décennales renferment bien plusieurs Rivière, pas une défunte n'y porte son prénom et quelques sondages effectués au cas où... donnent la nette impression que ces tables ne sont pas toujours fiables: on a beau se reporter à la date du 6 décembre 1911, par exemple, on n'y trouve pas trace de l'Anne Rivière annoncée... Que faire? Peut-être le couple a-t-il eu des enfants? Bingo! On repère la naissance d'une fille en 1903, celle d'un garçon en 1907 - ce qui rétrécit d'autant l'espace à explorer. On passe quelques heures à parcourir les registres de décès entre 1907 et 1910 - en pure perte. La mère et l'enfant ont-ils dû être transférés d'urgence dans quelque hôpital? Mais comment le trouver? Il reste bien encore la liste des inhumations, mais les cimetières parisiens sont nombreux... De recherche lasse, on se rabat sur l'hypothèse qu'Agnès n'est pas décédée à Paris. Elle ne l'est pas davantage à Puylaroque. Il reste encore... le village d'origine de son mari: Labastide de Penne. Et re-bingo! Voilà comment, après des tours et des détours, la recherche généalogique atteint à son terme. C'est au mois d'août qu'Agnès Rivière est morte: peut-être, fatiguée voire épuisée par son accouchement, espérait-elle retrouver la santé loin des miasmes urbains. Acte de décès d'Agnès Anna Rivière, morte à vingt-huit ans, "chez sa belle-mère", précise l'officier d'état civil.
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